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Certains passages de Détective Dee 2 font, dans leur genre, penser à Sherlock, la série star de la BBC qui a donné un coup de jeune au héros de Conan Doyle. Le feuilleton anglais et le film de Tsui Hark mettent en scène des détectives dont la marque de fabrique est le génie de la déduction. Dans les deux cas, cette capacité hors norme est figurée par des séquences qui détournent l’effet bullet time à des fins purement analytiques : décortiqué, le visible devient l’illustration d’un raisonnement qui prend les objets à part, les fait voyager dans l’espace et parfois même dans le temps. Sherlock a souvent besoin de se retirer dans son « mind palace » (palais mental), et Dee ne fait pas autre chose quand, devant une carte, il traque virtuellement ses ennemis dans la ville imperiale.

Mais là où le héros anglais décompose le monde, avec une froideur machinale qui lui est d’ailleurs souvent reprochée, le détective chinois ne désarticule ce qu’il voit que pour l’articuler d’une autre manière. Le regard de Sherlock Holmes déconstruit, celui de Détective Dee suscite des métamorphoses. Et la grande réussite de Tsui Hark, conformément à cette caractéristique de son personnage, est de savoir utiliser le numérique et la 3D pour créer un monde essentiellement flottant. La 3D sert ici à décomposer, en plaçant chaque objet sur un plan différent, et le numérique à recomposer, en ajoutant du contexte et en fluidifiant les mouvements. Le résultat est un monde où rien ne semble attaché à rien, où tout est mobile et malléable et où le haut, le bas, la droite, la gauche, sont des notions ridiculement relatives. Le flottement du décor dans le cadre et des personnage dans le décor se prête bien au film de sabre, dont les chorégraphies sont à peine soumises aux lois de la pesanteur. Mais c’est surtout l’occasion de déplacements loufoques, qui mettent un cavalier sur la mer, ou une main de gorille sur le corps d’un médecin fou.

L’idée de métamorphose, et par là de monstruosité, est omniprésente dans le film. En plus de l’histoire en elle-même – un fabricateur de thé, poète à ses heures, est transformé en une repoussante créature verte –, le film commence et se termine par un combat avec un mysterieux dragon des mers, sorte de monstre par excellence, avec une infinité de dents. Dans la première scène la bête est invisible, créant d’immenses vagues et roulant sous la surface de l’eau – à la fin elle est hyper-visible, sautant dans les airs et étreignant le bateau avec ses nageoires. Ce monstre est à l’image du film : protéiforme et vorace. D’ailleurs, ce qui est mangé ou bu tient une place importante dans ce festin chinois. Le thé contaminé, l’antidote, ou encore l’insecte empoisonné qui se retrouve dans la gorge d’un criard : comme si tout dans le film devait en passer par la digestion. C’est ainsi que le monde de Détective Dee est sans cesse détruit et régénéré, sorte de monstre à la fois épique, comique et romantique, en transformation perpétuelle.

par Timothée Gérardin
jeudi 7 août 2014

Detective Dee 2 : la légende du dragon des mers

Tsui Hark

Hong Kong ,  2014

Sortie : 6 août 2014 Durée : 2h14 Avec : Mark Chao (Dee), William Feng (Yuchi Zhenjin), Carina Lau (Impératrice Wu)...

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