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Inside Out  de Pete Docter

Sélection officielle #2

Hors compétition

7.2

Inside Out s’attaque à l’équation initiale du cinéma selon Pixar : comment faire la part entre le regard des hommes et celui des machines ? Comment représenter d’un seul mouvement la vie des êtres humains, des objets, des animaux ? A première vue la réponse proposée par Pete Docter est simple : graphisme réaliste pour les êtres humains, cartoon pour toutes les autres créatures. C’est un voyage dans le crâne de Riley, petite fille de 11 ans, qui déménage du Minnesota pour vivre à San-Francisco. Ses réactions sont gouvernées par cinq émotions (la joie, la tristesse, le dégoût, la colère et la peur) qui sont autant de petits personnages débatant perpétuellement et réceptionnant les souvenirs, des petites boules fabriquées en direct.

Dans les années 90, la rupture esthétique de Pixar par rapport aux autres films d’animation s’est jouée sur la question de l’anthropomorphisme. Au lieu de prêter simplement des traits et des mouvements humains aux objets, ils plaçaient constamment l’humanisation en péril en introduisant des modes d’être saugrenus, inspirés de l’observation des animaux, des objets ou des machines. Depuis le rachat par Disney en 2006, la question de son originalité par rapport à son aîné s’est à nouveau posée, avec ces quatre dernières années une série de suites décevantes et un Brave ressemblant beaucoup à une production Disney. Inside Out attaque le problème de front en créant un lieu qui puisse à la fois être le siège des émotions humaines et une grande machine aux rouages complexes. Dès lors, ce qui intéresse est moins le partage du graphisme entre les humains et les émotions que le rapport entre les deux. On ne sait jamais vraiment si les émotions sont là pour diriger, imiter ou figurer les humains, tout simplement parce que leur rôle n’est pas clairement défini. La recherche pour le virtuel d’une raison d’être qui soit mimétique, symbolique ou mécanique, apparaît alors comme le réel sujet du film.

Tout le charme du style Pixar tient dans l’hésitation de ces créatures, trop neuves et fragiles pour avoir une fonction bien définie. L’intégrité physique des personnages habitant le cerveau de Riley est précaire. Dans une scène excellente, Joie et Tristesse sont entraînées dans une zone à risque par l’ancien ami imaginaire de Riley qui leur soumet une recommandation : “stay together”. La formule, ambiguëe, peut à la fois signifier “restons ensemble” et “restons d’une seule pièce” : de fait, les trois personnages se retrouvent morcelés en représentations cubistes, en dessins en deux dimensions, puis en allégories. Le paradoxe veut que cette évolution graduelle vers l’abstraction soit également un chemin vers le grain de la matière, c’est-à-dire le pixel. Tout le film est à l’image de ce matérialisme abstrait, aller-retour perpétuel entre la représentation littérale et figurée.

par Timothée Gérardin
lundi 18 mai 2015

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